Tangerine & Cie

Forum végétarien sur l'alimentation crudivore et frugivore, le fruitarisme et l'hygiénisme.


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Posté: 19 Jan 2011, 23:19 

Mère Nature est à tous les étages, dans tous les compartiments de la biosphère, absolument formidable, voire carrément géniale de chez géniale. Et ce n’est encore rien de le dire ainsi, en mode évidence lyrique, grandiloquent. C’est à ce titre en effet qu’elle fut aux âges héroïques de l’humanité, des millénaires durant, objet de cultes sous toutes les latitudes du Globe occupées par notre jeune espèce férue grave de pérégrinations, bourlingueuse dans l’âme autant que parfois sous contrainte écologique. Lesquels cultes la raison scientifique d’obédience cartésienne et newtonienne obnubilée par la disjonction railla d’abondance lorsque son arrogance analytique plastronnait et triomphait sur les chemins initiaux et hasardeux de la connaissance par extension. Quelques Titanic fracassants et spectaculaires lui ont sévèrement inculqué au fil du palmarès et entretemps la modestie sur la voie de cette louable entreprise en son dessein cognitif : la désignorance positive. Problème : au lieu de servir l’homme réel, de l’affranchir franchement des pesanteurs de la matière et des préjugés, cette saga a construit la kyrielle séculaires de pouvoirs en tout genre qui ont édifié l’Histoire sur le sang et dans, la Caste des Forgerons de la Grande Hache.

Dans son infinie providence cosmique venue de loin à l’aune chronologique du vivant se répandant irrésistiblement au sein de l’écoumène tiède, absolument unique dans la Voie Lactée, Mère Nature a toujours gratifié les bipèdes à volumineux cerveaux de viatiques divers, au gré des circonstances si labiles de leur odyssée terrestre. Parmi ces viatiques, il y a les fruits. Sans eux, le monde ne serait pas le même sous le Soleil, notre séjour aurait une autre allure, une autre gueule, un autre profil, l’ambiance serait probablement différente. Vous imaginez-vous un seul instant un monde sans kiwis, sans corossols, sans mangues, sans ananas, sans bananes, sans papayes, sans oranges, sans pommes, sans citrons, sans poires, sans goyaves, un monde sans petites cerises rouge à mettre délicatement au sommet du gâteau enrobé de la liliale crème chantilly ? Ce serait un monde extrêmement banal pour la sensation organoleptique et les palais pas forcément de cristal. Au voisinage immédiat des fleurs et des papillons, les fruits, de fait, sont le must du monde végétal, son Gotha, ils participent pleinement de la fragilité, l’essence de cette biodiversité en péril sur la planète bleue today. Le fruit est une apothéose de la complexe organisation végétale. Les anciens Aztèques stipulent pour leur part que le langage que Dieu aime le plus, c’est celui des fleurs et des oiseaux, traduisez la poésie. Dira-t-on que les fruits sont des poèmes, en quelque sorte ? Ainsi font font les fruits…

Route 88, comme route 66 de l’icône intemporelle nommée Bob Dylan. Cet été-là, un Black séjourne en cette Hexagone partie pour une nouvelle saison du Sphinx et de la rose à l’Elysée. Un hit soigneusement concocté par les experts de l’industrie pour « faire mal » traverse la belle saison en Whiteland bleu-blanc-rouge comme une flèche que rien n‘arrête, aucun mur, aucune barrière raciale, rien, zéro opacité, une sorte de missile dans la lice entertainment qu’on entend jusque dans le métro. Yèkè-Yèkè de Mory Kanté. La ritournelle world envahit la bande FM. Elle vrille la France, elle percole aléatoirement au gré des amas interrompant son flux imprédictible, fractal, irrégulier. Elle croise la route de ce très circonstanciel routard black qui remonte de Grenoble à Paris en stop. « Il compte même sur quoi ? » se demanderait-on anxieusement dans son pays, au voisinage nord de la latitude zéro ? Musarder le nez en l’air loin de toute sollicitation. Presque perdu pour tout le monde et même la connivence. Flottant en totale impesanteur donc. Se dilater encore et encore aux frais de l’inopiné qui prête du possible sans aucun intérêt. Quand bien même il voyageait léger comme la horde initiale homo sapiens sapiens partie d’Afrique il y a environ 80000 ans et qui a colonisé la planète, marcher donne sacrément soif et la soif déshydrate.

Notre Black flânant ne devra le maintien de son équilibre physiologique malmené par l’ardeur solaire qu’aux fruits du terroir. Planche de salut for free. Des pêches et des abricots. Les fruits de saison que les paysans du cru cueillent à n’en plus savoir que faire dans leurs réserves. Il suffit de s’approcher et de demander. Il y a d’autres valeurs au village qu’en ville. Et voilà la besace de notre homme de couleur pleine de fruits juteux, gorgés d‘une eau parfumée qui l’étanche savoureusement. La pulpe, elle, leste l’estomac. Tant pis alors si nul automobiliste « distrait » ne voit le pouce ostensiblement dressé pourtant de ce grand Noir sans chaussures blondes. Tant qu’il a des pêches et des abricots en bandoulière, ses pieds 45 fillette adidasés authentique marcheront et marcheront till the midnight hour. Portés par l’énergie des fruits reçus en gracieux viatique sur la route estivale d’un pèlerinage dans le suspendu, l’inaccompli, l’irréparable. Un été de vraiment gras cieux. Pas un seul contrôle de faciès pendant tout le séjour. C’est à l’aéroport, sur le retour au pays qui n’était pas encore classé PPTE, qu’une belle fonctionnaire de police martiniquaise ou antillaise lui fait froidement remarquer qu’il devrait être reparti depuis deux mois déjà du territoire français. Tiens donc ? Notre homme en avait passé trois tranquillement, ne s’étant point aperçu au départ, ni ensuite tout le long, que son visa court séjour était valable seulement trente jours. Bol d’or pour un candide Black-tout-de-go. Vingt deux années sont passées. Il se souvient toujours avec émotion, entre mangrove et macadam, de ces pêches et de ces abricots en vrac. Route 88. Gingembre au rhum et Khaddy D. La mère (Claire) Denis suivait avec sa caméra complice la première tournée hors Kamer des Têtes Brûlées, le groupe de bikutsi éphémère de Jean Marie Ahanda, Zanzi & Co. Man no run. Ou comment un rêve de jeunesse s’accomplit, avant de tristement voler quelques mois plus tard en éclats tranchants…

Personnellement, je ne boude pas, jamais, le plaisir des fruits, et même que j’y succombe volontiers sans modération, quand l’occasion se présente. C’est tellement bon pour la santé ! Autant que pour la gourmandise, je vous l’avoue entre nous, comme Serge-la-Clope. Il ne faut pas me promettre des poires. Surtout pas en mode démagogique pour la soif. Et c’est définitivement vain de compter sur moi dans le rôle de bonne poire en ce bas monde truffé de squales et de tarentules. Mûres à point et moelleuses, c’est rien moins que la damnation, les poires. Tout y passe excepté les pépins et le trognon. Elle est de ces fruits ensoleillés qui laissent peu de traces après leur consommation. Genre le zeste des agrumes. Jeu d’enfant à garder quand même sous contrôle : craquer une allumette, puis lentement presser au bord de la flammèche jaunâtre un zeste de citron, d’orange, n’importe, et en jaillissent instantanément de minuscules étincelles bleues. Expérience pratique des hydrocarbures et de la combustion parfaite, en leçon de choses élémentaire. Un « truc » simple avec une variété particulière de fruits pour éveiller/stimuler leur curiosité et lancer les générations futures sur la voie de la chimie verte. Je pourrais disserter sur les bananes ou les ananas pendant des heures…

Ces deux espèces ont tout à fait cours sans souci sous nos cieux. Respectivement odzoué et zëk dans la langue ewondo des « seigneurs de la forêt » monographiés au siècle dernier par Philippe Laburthe-Tolra. Au large des modestes vergers ruraux et familiaux garantissant l’autosubsistance, elles font depuis la forclose ère coloniale, l’objet d’un juteux et substantiel négoce de contre-saison tourné of course vers Whiteland et son impérial pouvoir d’achat, moyennant des exploitations industrielles à capitaux étrangers s’étalant toutes cultures confondues sur plusieurs milliers d’acres de riches terres volcaniques au Cameroun, sans oublier une flotte de camions frigorifiques assurant une interminable noria entre les domaines des plantations et le port obsolète de Douala. Banane villageoise et ananas du planteur : autant de must vernaculaires raisonnablement activables et à labelliser sur la fréquence bio, excipant à ce titre d’une qualité organoleptique renversante, que les gourmets postmodernes ancrés à Paris, Londres, Bruxelles, Amsterdam et ailleurs, n’imaginent pas une seule seconde, plus familiers qu’ils sont en effet des variétés génétiquement manipulées et « engraissées » pour obtenir un rendement à l’hectare compétitif sur le marché mondial.

Mon inclination quasi addictive pour les fruits a cependant et longtemps buté sur un authentique poids lourd d’entre eux : la pastèque ou melon d’eau. Pastèque : un joli mot pourtant venu de l’Arabe en passant par le Portugais et qui me fait instantanément penser à « métèque » plus qu’à « photothèque » ou « australopithèque », même s’ils riment tous les quatre. Longtemps, je suis passé systématiquement à côté de ses épais quartiers exposés. Les rares fois où je m’étais risqué à faire connaissance avec cette cucurbitacée, toujours je me suis « heurté » aux pépins pour le moins nombreux. Rejet. 93% d’eau. Difficile de faire mieux sur ce rayon à cette aune. Idéal donc pour se désaltérer. A la peine près d’enlever au préalable les petits pépins en très grand nombre dissimulés dans les multiples alvéoles de la pulpe. Tu parles d’une assommante épreuve de patience à endurer pour enrayer la soif. Cette granuleuse et minuscule réalité proscrit complètement la hâte. Sauf à vouloir en avaler un, voire plus, par mégarde et éventuellement de travers. Le melon d’eau ne se laisse pas faire. Il faut le vouloir. Qu’est ce qui a pris Mère Nature ? L’Evolution a de ces mystères…

La plupart des fruits autour de nous se laissent en général aborder et consommer sans cérémonie. On mord à pleines dents dans une pomme et adieu le paradis selon le mythe chrétien du Bien et du Mal. Sur le chemin des goyaves, dans l’arbuste porteur des succulentes baies, mais qui parfois se révèlent hyper acides au bout de l’escalade et donc immangeables, peuvent se trouver de minuscules fourmis noires appelées kam en ewondo, un sérieux péage naturel s’il s’en fut. De quelqu’un qui convulse, on dit d’ailleurs « a dzém kam », qu’il « danse kam », tellement la morsure de ces bestioles est urticante et provoque une démangeaison irrésistible. Il suffit de dépiauter une banane, une mangue, comme on déshabille précautionneusement une femme, et le tour est joué. Certains fruits sont de fait inaccessibles, comme les toam, des baies sucrées au jus d’un rouge intense, qui tombent d’un grand arbre de la forêt et dont les singes, par contre, s’empiffrent tout là-haut à loisir. Je me suis réconcilié quelque peu avec la pastèque et ses innombrables pépins entretemps, mais il reste que ce n’est quand même pas une panacée de l’avoir en sortie de table…

Les fruits constituent une ressource providentielle, justiciable de transformation sur le mode cottage industries ou industries de terroir. Entre boissons fruitées, jus 100% naturels, nectars, fruits confits et confitures, en passant par l’alimentation des nourrissons qui continuent de venir au monde ici et sur Terre, il y a de quoi faire de la valeur ajoutée avec cette filière de productions, moyennant un investissement raisonnable, et donc créer des emplois autour de vergers villageois, en coopératives assistées d’une expertise dédiée. L’ exportation est concevable vers les zones à fort pouvoir d’achat, en sachant que le bio va aller gagnant en taille de marché et en pénétration dans les habitudes de consommation. Des acteurs opèrent déjà, à l’instar de Jean Pierre Ymele, avec Biotropical. Le champ est ouvert au risque…

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Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici : http://www.lionelmanga.com/

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« M'ennuyer? Avec la nourriture du paradis? » Anne Osborne


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Posté: 20 Jan 2011, 12:52 

Wahooo! il écrit drôlement bien mister Manga! merci pour ces lignes.


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